Bulletin de veille no.4 - décembre 2015 - La technopédagogie en enseignement supérieur

Ce billet a été rédigé par Hélène Meunier, conseillère pédagogique au Centre de Formation en soutien à l’académique de l’Université du Québec à Montréal.

La technopédagogie est bien présente dans les institutions d’enseignement supérieur, tout cycle confondu. Mais qu’en est-il? Ce bulletin de veille présente une définition de la technopédagogie, afin de bien comprendre ce concept, ainsi que deux résumés d’articles. Un premier article aborde l’importance de l’accompagnement pédagogique sur la posture professionnelle des enseignants en lien avec la technopédagogie; tandis que le deuxième article fait état d’une recherche portant sur la perception des étudiants universitaires quant à l’utilisation du tableau blanc interactif et son impact sur les pratiques enseignantes.

Introduction et définition

Il est évident et facile à comprendre que le terme technopédagogie est issu de la fusion de deux concepts clés : technologie et pédagogie. Dans ce premier bulletin de veille qui traite de cette thématique, il semble approprié de présenter, en introduction, cette définition proposée par le Centre d’étude et de développement pour l’innovation technopédagogique (CÉDIT).

« La technopédagogie sous-tend une réflexion et un judicieux arrimage entre la pédagogie et la technologie. Ce terme renvoie à des pratiques qui considèrent à la fois les aspects pédagogiques (ex : méthodes d’enseignement et d’apprentissage, motivation, compétences à développer chez les étudiants, etc.) et les aspects technologiques (ex : utilisation de l’ordinateur, du web, des tableaux blancs interactifs, etc.). Dans cette perspective, les moyens technologiques qui sont ciblés et utilisés par les enseignants viennent soutenir le recours à des pédagogies actives. Ils sont mis au service de l’apprentissage des étudiants. Les technologies sont donc considérées comme des moyens, au service des pédagogies actives et non comme une fin en soi. La finalité commune de ces innovations est l’amélioration de la qualité des apprentissages des étudiants. »

Accompagnement et posture professionnelle

Considérant qu’un des objectifs de l’intégration de la technopédagogie est de soutenir les apprentissages des étudiants (CÉDIT), les enseignants universitaires doivent donc développer des situations d’apprentissage favorisant l’utilisation des technologies (Lameul, 2015). Pour ce faire, ils doivent eux-mêmes s’outiller et se former à différentes innovations. Dans un texte d’opinion, défini par l’auteure comme sujet de discussion, Geneviève Lameul, enseignante-chercheure à l’Université de Rennes 2 (2015), soutient que l’usage de la technopédagogie nécessite la mise en place d’accompagnement pédagogique pour les enseignants. Selon Lameul, ce n’est pas tout de bien connaître des innovations technologiques, l’enseignant doit revoir ses pratiques pédagogiques et par le fait même « [t]ravailler sa posture professionnelle [...] [afin] de se préparer à exercer son rôle plein et entier d’acteur éthique, responsable et citoyen dans le champ de l’éducation  » (paragraphe 11). Que ce soit par des formations individuelles ou collectives, les institutions universitaires ont un rôle à jouer auprès du personnel enseignant et doivent tenir compte de la dimension humaine. En s’appuyant sur le fait que le métier d’enseignant s’apprend et nécessite avant tout du soutien, Lameul rappelle qu’  « exercer [ce métier] nécessite un travail personnel sur sa posture professionnelle ».

Utilisation de technologie innovante

Dans l’intégration de nouvelles technologies en enseignement supérieur, le tableau blanc interactif (TNI) est de plus en plus présent (Al-Qirim, 2011). Associé de près à la pédagogie active (Lavergne, 2012), le TNI apparaît comme un outil technologique qui peut soutenir les pratiques pédagogiques des enseignants et répondre à des besoins pédagogiques en salle de classe (Al-Qirim, 2011). À partir de ce constat, des chercheurs roumains (Mata, Lazar et Lazar, 2016) ont voulu vérifier les perceptions des étudiants universitaires sur l’utilisation du TNI et de son impact sur les pratiques pédagogiques des formateurs. Les 246 participants qui ont répondu à un questionnaire de façon anonyme sont des étudiants soit au baccalauréat, à la maîtrise ou au doctorat, et ce, dans différents domaines comme ingénierie, éducation, biologie, mathématique, informatique. Les résultats démontrent que les étudiants en général sont favorables à l’utilisation du TNI, mais plus particulièrement ceux des cycles supérieurs. En s’appuyant sur le modèle que Mata, Lazar et Lazar ont développé un schéma qui modélise les liens possibles entre les attitudes et l’utilisation du TNI (figure 1), ces chercheurs soutiennent que l’utilisation du TNI en salle de classe a des impacts sur les plans pédagogique, psychologique et relationnel auprès des étudiants. Par exemple, sur le plan pédagogique, les étudiants se disent favorables à l’utilisation du TNI car cela facilite les apprentissages, permet à l’enseignant de mieux organiser son enseignement, donc contribue, selon eux, à leur réussite académique. Les participants prétendent par ailleurs que l’utilisation du TNI leur permet de mieux retenir les informations et de se concentrer davantage. Quant au plan relationnel, selon les étudiants participant à l’étude, cette utilisation technopédagogique favorise les interactions dans le groupe-classe ainsi qu’entre l’enseignant et les étudiants, facilitant ainsi la communication. Somme toute, cette étude récente présente les impacts positifs et négatifs de l’utilisation du tableau blanc interactif selon des étudiants, et encourage les enseignants universitaires à l’intégrer comme outil technologique et à en mesurer les retombées.

Figure 1. Modèle sur les attitudes et l’utilisation du TNI (Mata, Lazar et Lazar, 2015)


Références

Al-Qirim, N. (2011). Determinants of interactive white board success in teaching in higher education institutions. Computers & Education, 56 (3), 827-838.

Centre d’étude et de développement pour l’innovation technopédagogique (CÉDIT) (n.d.) Consulté le 2 décembre 2015. URL : http://www.cedit.ca/

Lameul, G. (2015). Travailler sa posture professionnelle pour mieux aborder les situations pédagogiques complexes. Distances et médiations des savoirs, 11. Consulté le 29 novembre 2015. URL : http://dms.revues.org/1127.

Lavergne, V. (2012). L'utilisation du tableau blanc interactif en bibliothèque universitaire. Projet dirigé. Dans le cadre du cours SCI6916. Université de Montréal.

Mata, L., Lazar, G. et Lazar, J. (2016). Effects of study levels on students' attitudes towards interactive whiteboards in higher education. Computers in Human Behavior, 54, 278–289.