Bulletin de veille no.12 - juin 2017 - Le sentiment d’auto-efficacité dans l’utilisation des outils et environnements d’apprentissage

Ce bulletin de veille a été rédigé par Sophie Beaupré, Spécialiste en sciences de l’éducation à la TÉLUQ

Le sentiment d’auto-efficacité dans l’utilisation des outils et environnements d’apprentissage

 

Distance education is “a planned learning that normally occurs in a different place from teaching and requires special instructional techniques, special techniques of course design, special methods of communication via technology, and special organizational and administrative arrangements”.

- Moore et Kearsley, 1996. Dans Aparci, 2017, p. 52.

 

Le présent compte-rendu expose la démarche et les résultats obtenus dans le cadre de la recherche d’Ibrahim Arpaci, The role of self-efficacy in predicting use of distance education tools and learning management systems, paru en 20171. Cette étude porte sur le rôle du sentiment d’auto-efficacité chez des étudiants et leur propension à utiliser les outils et environnements liés à la formation à distance.

Définition

Le sentiment d’auto-efficacité

Le sentiment d’auto-efficacité est un concept-clé dans la théorie socio-cognitive et réfère à « l’auto-évaluation que se fait une personne de sa propre capacité à effectuer l’ensemble des tâches requises pour atteindre avec succès un objectif quelconque ». (Traduction libre. Bandura, 1977, 1997. Dans Aparci, 2017, p. 53).

La mesure du sentiment d’auto-efficacité est un concept utile pour prédire la persistance, la réaction affective et l’effort dans l’apprentissage (Zimmerman, 2000. Dans Aparci, 2017, p. 53).

L’étude d’Aparci consistait à sonder les étudiants sur des outils souvent utilisés dans l’apprentissage à distance : des outils de saisie d’écran (tels que Camtasia et Captivate) pour des démonstrations, simulations, questionnaires; des outils d’auto-édition (tels que iSpring ou Articulate Studio) pour des questionnaires interactifs, narrations audio ou vidéo, saisies d’écran; des environnements d’apprentissage (tels que Moodle, Sakai, Edmondo, Docebo) qui intègrent différentes ressources et outils de collaboration, puis des salles de classe virtuelles (telles que BigBlueButton, Adobe Connect, Perculus) qui permettent une interaction en direct avec le groupe, ou un visionnement en différé de la séance.

Les hypothèses de cette recherche se rapportent au modèle d’acceptation de la technologie (Technology Acceptance Model - TAM) développé par Davis (1989)2 dont la figure suivante rend compte.

Figure 1. Les hypothèses de recherche basées sur le modèle d’acceptation de la technologie (traduction libre)

Résultats

L’étude a démontré qu’il existe un lien significatif entre les hypothèses énoncées dans le modèle adapté du modèle d’acceptation de la technologie. (1) Le sentiment d’auto-efficacité a un impact positif sur la perception de la facilité à utiliser l’outil. (2) La perception de la facilité à utiliser l’outil a un impact positif sur l’attitude envers son utilisation. (3) La perception de la facilité à utiliser l’outil a un impact sur la perception de son utilité. (4) La perception de l’utilité de l’outil a un impact sur l’attitude de l’étudiant envers l’utilisation de l’outil. (5) L’attitude de l’étudiant a un impact sur ses intentions à utiliser l’outil. (6) Les intentions de l’étudiant ont un impact positif sur l’utilisation réelle de l’outil. Ainsi, le sentiment d’auto-efficacité est directement lié à la perception de la facilité à utiliser et indirectement lié à l’attitude et à l’utilisation réelle qui sera faite de l’outil.

La perception de l’utilité d’un outil a un impact significatif sur les attitudes ; cela s’est notamment manifesté par le fait que les étudiants considèrent les outils et environnements d’apprentissage comme étant utiles dans leurs tâches. Qui plus est, les étudiants estiment que les outils et environnements qui leur ont été présentés permettraient d’accroître leur productivité, effectivité et performance. Les étudiants croient également que ces outils pourraient faciliter leur tâche et qu’il est facile de devenir compétent à les utiliser.

Méthodologie

124 étudiants provenant d’une majeure en informatique et technologie éducative (traduction libre) d’une université turque. Les étudiants ne possédaient que très peu de connaissances sur les outils et systèmes utilisés en formation à distance.

Le même questionnaire papier à choix multiples a été utilisé comme pré-test et post-test. Ce dernier a été administré en classe après une série de cours sur la formation à distance et les outils qui peuvent en faire partie. L’aisance, le sentiment d’utilité, les attitudes et les intentions comportementales ont notamment fait l’objet du questionnaire. Un sondage en ligne a été également administré après le post-test.

Source

1 Arpaci, Ibrahim. (2017). The role of self-efficacy in predicting use of distance education tools and learning management systems. The Turkish online journal of distance education, 18(1). 52-62.

Autre référence

2 Pour plus d’information sur ce modèle : Davis, F. D. (1989). Perceived usefulness, perceived ease of use, and user acceptance of information technology. MIS Quarterly, 13(3), 319-340.

 

Le sentiment d’auto-efficacité, l’anxiété et les examens en ligne

E-learning can be an isolating experience that leads to poor performance as a result of test anxiety and lack of help-seeking.

- Yang, Taylor et Cao, 2016

Ce résumé traite du modèle de Yang, Taylor et Cao (2016) élaboré pour prédire le degré d’anxiété face à un examen en ligne et le potentiel de demande d’aide de la part de l’étudiant. Il rend compte de leur article The 3 X 2 Achievement Goal Model in Predicting Online Student Test Anxiety and Help-Seeking1.

Bien que les recherches aient démontré que l’anxiété est en général de degré moindre pour les étudiants qui passent un examen en ligne comparativement à un examen en classe, l’anxiété est cependant toujours présente. Ce qui est constaté – et qui pose davantage problème – est que les étudiants qui font leurs apprentissages en ligne vont chercher beaucoup moins d’aide que lorsqu’ils sont en classe. Puisque la littérature démontre que la demande d’aide par un étudiant a un impact positif significatif sur sa réussite, les auteurs de l’étude s’intéressent aux motifs qui peuvent entrer en jeu dans cette requête.

Définition

Les objectifs d’accomplissement

Les objectifs d’accomplissement correspondent aux visées générales de l’étudiant face à sa participation aux tâches d’apprentissage qui lui sont soumises et constituent une norme en fonction de laquelle il va s’évaluer. (Traduction libre, Pintrich, 2000 dans Yang, Taylor et Cao, 2016).

Les auteurs proposent ainsi de mesurer l’impact des objectifs d’accomplissement et le sentiment d’auto-efficacité sur l’anxiété en situation d’examen en ligne ainsi que sur sa recherche d’aide.

Les questions principales posées dans cette étude consistent notamment à savoir (1) comment les objectifs d’accomplissement du modèle 3 X 2 d’Elliot et al. (2011)2 peuvent prédire l’anxiété de l’étudiant et sa demande d’aide (au-delà du sentiment d’auto-efficacité et des facteurs démographiques), (2) comment le sentiment d’auto-efficacité peut prédire l’anxiété de l’étudiant et sa demande d’aide (au-delà des facteurs démographiques).

 

Figure 1. Éléments du modèle des objectifs d’accomplissement 3 X 2 d’Elliot et al. (2011) (traduction libre)

Orientation de l’objectif

Type de comportement

Exemple d’intention de performance

Envers soi-même

Approche

Faire aussi bien à l’examen que ce que je fais habituellement.

Évitement

Éviter de faire pire à l’examen que ce je fais habituellement.

Envers la tâche

Approche

Avoir beaucoup de bonnes réponses à l’examen.

Évitement

Éviter d’avoir beaucoup de mauvaises réponses à l’examen.

En rapport aux autres

Approche

Faire mieux que les autres étudiants à l’examen.

Évitement

Éviter de faire pire que les autres étudiants à l’examen.

Résultats

Les résultats ont montré que les objectifs d’accomplissement jouent un rôle important dans la demande d’aide, mais ne sont pas liés de façon significative avec l’anxiété en situation d’examen en ligne. Les étudiants qui cherchent à offrir une performance aussi bonne que ce qu’ils font d’habitude ou qui cherchent à éviter de faire pire que les autres se sont montrés plus enclins à demander de l’aide. À contrario, les étudiants qui cherchent à éviter une performance moins bonne par rapport à ce qu’ils font d’habitude ou qui cherchent à faire mieux que les autres sont moins portés à demander de l’aide.

Autrement dit, plus un étudiant cherche à accroître sa performance ou à éviter de faire pire que les autres, plus il demande de l’aide. Inversement, plus un étudiant cherche à faire mieux que les autres ou à éviter de faire pire que son habitude, moins il demande de l’aide.

Pour ce qui est du sentiment d’auto-efficacité, ce dernier est lié de façon significative à l’anxiété en situation d’examen en ligne et à la demande d’aide. Plus le sentiment d’auto-efficacité de l’étudiant est grand, moins il démontre d’anxiété face à l’examen. Aussi, plus le sentiment d’auto-efficacité de l’étudiant est grand, plus il sera enclin à demander de l’aide.

Implications pour la conception des cours à distance

À la lumière des résultats obtenus, les auteurs suggèrent de voir à ce que les cours donnés à distance intègrent des évaluations axées sur la maîtrise des contenus plutôt que des évaluations engendrant de la compétition entre les étudiants. Ainsi, l’étudiant visera l’accroissement de sa performance personnelle plutôt qu’une performance plus grande que celle des autres. Cela favorise un contexte où l’étudiant est plus enclin à demander de l’aide.

Aussi, il est suggéré de voir à ce que le plus d’indications soient données et qu’elles soient le plus claires possibles afin que l’étudiant ait un sentiment d’auto-efficacité suffisamment grand. Le fait de soumettre des évaluations mettant l’étudiant au défi à un degré suffisamment élevé, sans l’être trop, puis offrir un soutien adéquat peut contribuer à diminuer son anxiété face à un examen en ligne et favoriser sa demande d’aide.

 

Méthodologie

209 étudiants répartis dans des cours donnés entièrement à distance par une université du sud-est des États-Unis. Les étudiants, âgés de 19 à 59 ans, proviennent tous du programme de majeure en éducation.

Un premier questionnaire a été administré pour mesurer l’approche ou l’évitement des objectifs d’accomplissement envers soi-même, la tâche et les autres (The 3 X 2 Achievement Goal Questionnaire, cf. Elliot et al., 2011).

Un second questionnaire a été administré pour mesurer le sentiment d’auto-efficacité, l’anxiété  et la demande d’aide (The Motivated Strategies for Learning Questionnaire (MSQL), cf. Pintrich, Smith, Garcia et McKeachie, 1993).

Source

1 Yang, Y., Taylor, J. et Cao, L. (2016). The 3 X 2 Achievement Goal Model in Predicting Online Student Test Anxiety and Help-Seeking. International Journal of E-Learning & Distance Education, 32(1). 1-16.

Autre référence

2 Elliot, A. J., Murayama, K. et Pekrun, R. (2011). A 3 X 2 achievement goal model. Journal of Educational Psychology, 103, 632-648.