Bulletin de veille no.10 - novembre 2016 - Stratégies pédagogiques et gestion de classe

Ce bulletin de veille a été rédigé par Martine De Grandpré, Ph. D., conseillère pédagogique à l’Université du Québec en Outaouais.

Introduction

Dans ce bulletin de veille, nous proposons le résumé de deux récents articles, l’un portant sur l’accompagnement des étudiants et l’autre sur la relation pédagogique.

L’accompagnement des étudiants

Le premier résumé est issu de l’article L’accompagnement des étudiants dans l’enseignement supérieur : une tentative de modélisation de Jean-Marie De Ketele, paru en 2014. On y traite d’accompagnement pédagogique, un concept en émergence dans les universités étant donné la mutation du rôle de l’enseignant due aux nouveaux dispositifs mis en place, comme les classes inversées, l’enseignement à distance, etc. En effet, ces nouveaux dispositifs amènent l’enseignant à occuper un rôle plus axé sur l’accompagnement des étudiants que sur la transmission des savoirs. L’objectif de l’auteur est de montrer qu’il existe différents types d’accompagnement et que ceux-ci varient en fonction d’un référentiel qu’il propose. Ce référentiel prend en compte les objets d’enseignement/apprentissage et les préoccupations de l’accompagnant. Les objets d’enseignement/apprentissage sont placés sur un continuum allant de « déjà fixé » à « ouvert » et les préoccupations de l’accompagnement se trouvent sur un continuum allant de « déjà là » à « nouveau ». Les quatre fonctions de l’accompagnement qu’il identifie sont : remettre dans le chemin, faire découvrir un nouveau chemin, faire découvrir un chemin oublié ou non reconnu et s’aventurer ensemble dans de nouveaux chemins. La figure suivante illustre ces formes d’accompagnement.

La première fonction de l’accompagnement, soit ramener dans le chemin, permet à l’enseignant d’accompagner un étudiant qui n’a pas compris une partie de la matière. Celui-ci a un manque à combler et l’accompagnateur est là pour l’aider à le combler. Les objets sont donc fixés et aucune situation nouvelle n’est présentée à l’accompagné. On associe souvent ce type d’accompagnement au « monitorat » ou au « tutorat ».

On rencontre la deuxième fonction, soit faire découvrir un nouveau chemin, lorsque l’enseignant est à la disposition de l’étudiant qui fait face à un nouveau problème ou qui doit réaliser un projet. Dans ce cas-ci, le référentiel est « fixé », mais plus ouvert que dans la fonction précédente et l’accompagnateur souhaite faire vivre du « nouveau » à l’accompagné. On l’associe souvent au « coaching ».

La troisième fonction, soit faire découvrir un chemin oublié ou non reconnu, permet d’aider un étudiant qui cerne mal ses difficultés ou qui éprouve des difficultés à s’organiser et à exploiter des ressources. L’accompagné n’est pas en mesure de clarifier son besoin seul et espère que l’accompagnateur pourra cibler son besoin et lui proposer des solutions. Le référentiel est « ouvert », la préoccupation est de partir de ce qui est « déjà là », mais non exploité et non reconnu. On l’associe souvent au « mentorat ».

La quatrième fonction, soit s’aventurer ensemble dans de nouveaux chemins, permet d’approfondir un thème. L’accompagné désire travailler quelque chose de nouveau et l’accompagnateur s’engage dans la réalisation de ce travail avec l’accompagné. Le référentiel est très « ouvert » et la préoccupation est de découvrir du « nouveau ». On appelle l’accompagné et l’accompagnateur des partenaires puisque leur travail relève de la co-construction. On l’associe souvent au rôle de « promoteur » puisque deux personnes se mettent en mouvement vers l’atteinte d’un objectif commun inédit.

Ces quatre situations d’accompagnement peuvent se présenter tout au long du parcours de l’étudiant. Elles permettent non seulement le développement d’une professionnalité chez l’accompagné, mais aussi différentes opportunités pour l’accompagnateur de poursuivre son développement professionnel.

La relation pédagogique

Le second résumé porte sur l’article La relation pédagogique au collégial d’Anastasis Kozanitis, paru en 2015. Bien que s’adressant à des enseignants du niveau collégial, notre expérience nous permet de croire que le contenu est pertinent pour les enseignants en milieu universitaire étant donné qu’il s’agit d’étudiants adultes dans les deux cas. L’auteur présente, entre autres, une définition d’une relation pédagogique aidante, les effets d’une telle relation chez les étudiants, et les limites et défis de l’établissement d’une relation pédagogique.

La définition de la relation pédagogique généralement retenue repose sur les interactions entre l’enseignant et ses étudiants et est tributaire de facteurs sociaux, éducatifs et affectifs. De plus en plus, les approches basées sur le modèle socioconstructiviste mises en place dans les classes incitent à revoir la définition de la relation pédagogique pour y inclure, en plus du lien entre l’enseignant et les étudiants, le lien que les étudiants établissent entre eux.

Déjà en 1995, le Conseil supérieur de l’éducation précisait qu’une relation pédagogique de qualité s’avérait une condition déterminante pour l’apprentissage. Depuis, d’autres études ont montré l’importance d’établir des interactions positives pour établir un climat propice à l’enseignement et à l’apprentissage (Chassé, 2006; Kozanitis, 1997; Roorda et coll., 2011).

Ce climat serait considéré comme efficace par les étudiants lorsque leurs enseignants sont capables de maintenir l’ordre, de faire apprendre, de garder chacun occupé, d’être justes, gentils, respectueux, de bonne humeur et d’avoir le sens de l’humour. Les étudiants auraient donc besoin d’un cadre pédagogique tout à la fois rigoureux et souple où la relation est la priorité. Il importe que l’enseignant se soucie de créer des liens harmonieux et de la réussite de ses étudiants.

Deux facteurs se veulent déterminants au regard de la relation pédagogique : l’attitude de l’enseignant et la communication interpersonnelle. Ceux-ci doivent être teintés de respect, de bienveillance, d’un intérêt et d’une préoccupation à l’égard des étudiants.

Un climat de classe favorisant les relations positives, et une attitude et une communication ouvertes auront une influence positive sur l’apprentissage des étudiants. Ceux-ci se montreront plus motivés, tentés de prendre des risques, engagés et concentrés. La création d’un lien pédagogique significatif permet de prévenir les problèmes relationnels et les troubles de comportement en classe, et minimise le taux d’absentéisme.

La mise en place d’une relation pédagogique peut s’avérer plus difficile dans le cas d’enseignement à de grands groupes. Cela nécessitera plus d’efforts pour l’enseignant afin qu’il crée une relation significative avec chacun d’eux. Les étudiants qui présentent des troubles de comportement majeurs sont aussi un autre défi pour l’enseignant, d’où l’importance d’apprendre à les connaître pour comprendre ce qui provoque leur comportement.

Finalement, l’établissement d’une relation pédagogique positive est un facteur décisif dans la réussite scolaire, mais d’autres stratégies pédagogiques (comme la planification de l’enseignement) ne doivent pas non plus être négligées.

Conclusion

Pour conclure cette veille pédagogique, nous rappelons que l’article portant sur les situations d’accompagnement offre un éclairage sur une pratique pédagogique mise en place dans le milieu universitaire, mais peu documentée. L’autre article, qui traite de la relation pédagogique, suscite de l’intérêt dû au fait qu’il redéfinit la relation pédagogique à la lumière des nouvelles approches mises en place et qu’il rappelle des pratiques gagnantes pour établir une relation pédagogique favorable à la réussite.


Références

De Ketele, J.-M. (2014). L’accompagnement des étudiants dans l’enseignement supérieur : une tentative de modélisation. Recherche et formation, 77. Récupéré à https://rechercheformation.revues.org/2321.

Kozanatis, A. (2015). La relation pédagogique au collégial. Une alliée vitale pour la création d’un climat de classe propice à la motivation et à l’apprentissage. Pédagogie collégiale, 28(4), 4-9.