Quelle stratégie mettre en place pour améliorer la compréhension, la rétention et l’approfondissement des contenus présents dans les textes chez les étudiants? Dans ce numéro du Tableau, Andrée Lessard, professeure à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), traite des cercles de lecture à l’université.
Mise en situation
Pour son enseignement, Claude sélectionne soigneusement des textes pour ses étudiants de façon à nourrir leur argumentation et leurs réflexions pour leurs travaux et leur future profession. Or, au moment de revenir sur ces textes en plénière, Claude s’est aperçu qu’aucun étudiant ne pouvait répondre à ses questions… Seule une minorité avait lu les textes proposés, et ceux qui disaient avoir « lu » affirmaient « ne pas avoir compris grand-chose ». Comme solution, Claude a décidé d’instaurer des cercles de lecture. La démarche a été expliquée aux étudiants et un aide-mémoire leur a été remis afin de les guider pendant leur préparation (hors classe). Ils devaient lire les textes, mais aussi noter leurs questions ou leurs réactions en rapport avec quatre passages de leur choix. Il a suffi de spécifier que les étudiants non préparés ne pourraient pas participer au cercle de lecture en classe (sous peine de faire perdre du temps à leurs pairs) pour que, les semaines suivantes, TOUS les étudiants se présentent en classe en ayant effectivement lu les textes proposés.
Après la mise en place de cercles de lecture, Claude a constaté que la compréhension des textes s’est approfondie dans une démarche de coconstruction, menant du même coup à une meilleure rétention des contenus abordés. La mise en place de cette stratégie fut une révélation pour tous!
Pourquoi?
CINQ RAISONS POUR INSTAURER DES CERCLES DE LECTURE AU SEIN DES COURS UNIVERSITAIRES (BERNADOWSKI, 2013)
- Responsabilisation des étudiants face à leurs apprentissages et engagement actif pour construire et coconstruire le sens des lectures;
- Meilleure compréhension des contenus et création de liens signifiants entre la théorie et la pratique;
- Mémorisation accrue des contenus et meilleure intégration / réutilisation de ceux-ci;
- Création d’un climat agréable d’ouverture et de confiance par les dialogues et les discussions au sein du groupe;
- Prise de parole par TOUS les étudiants, y compris ceux qui ne parlent habituellement jamais en grand groupe.
Quoi?
LES CERCLES DE LECTURE SOUS DIFFÉRENTES FORMES
- En contexte universitaire, un cercle de lecture pourrait se définir comme « un dispositif didactique » qui permet aux étudiants « d’apprendre ensemble à interpréter et à construire des connaissances à partir de textes » alors qu’ils sont en petits groupes (adaptation de la définition fournie par Lafontaine, Terwagne et Vanhulle, 2013, p. 7).
- Les cercles de lecture existent dans une diversité de formats. Leurs buts varient en fonction des contextes et des milieux (élèves du primaire, cercles littéraires, milieux professionnels, etc.). Généralement, la lecture des textes est accompagnée d’une tâche d’écriture dans l’intention d’un partage en sous-groupe.
Ce que nous dit la recherche
QUELQUES AVANTAGES…
Selon une étude de cas menée en contexte universitaire auprès de futurs enseignants (Bernadowski, 2013), les cercles de lecture permettraient d’augmenter le niveau d’engagement des étudiants dans la lecture des textes proposés. Ils permettraient aussi de rehausser leur niveau de participation au sein du groupe-classe.
Références
Allen, N. (2011). Le procès littéraire au deuxième cycle du primaire. Québec français, 160, 71-73.
Bernadowski, C. (2013). Improving the Reading Attitudes of College Students: Using Literature Circles to Learn about Content Reading. Journal on English Language Teaching, 3(3), 16-24. https://doi.org/10.26634/jelt.3.3.2416
Lafontaine, A., Terwagne, S. et Vanhulle, S. (2013). Les cercles de lecture : interagir pour développer ensemble des compétences de lecteurs (4e éd.). Bruxelles: De Boeck.
Turgeon, É. (2006). Apprécier des œuvres littéraires : mission possible! Québec français, 143, 57-59.
Pour en savoir plus
- Un exemple d’application en sciences de la santé : Calmer, J., et Straits, W. (2014). Reading to Understand Anatomy: A Literature Circle Approach. The American Biology Teacher, 76(9), 622-625. https://doi.org/10.1525/abt.2014.76.9.9
- Un exemple de pratique pour susciter le désir de lire chez des apprenants : Karatay, H. (2017). The Effect of Literature Circles on Text Analysis and Reading Desire. International Journal of Higher Education, 6(5), 65-75. https://doi.org/10.5430/ijhe.v6n5p65
- Un exemple d’application à l’intérieur de classes inclusives (au primaire ou au secondaire) produit par TA@l’école, un projet de la Learning Disabilities Association of Ontario (LDAO).
- Un exemple d’application pour le développement professionnel à l’université : Hessling, P. A., Robinson, E. E., Capps, J. A., et Gallardo-Williams, M. T. (2018). Cross-Disciplinary Reading Circles: Community Building, Collaboration and Professional Growth. The Journal of Faculty Development, 32(3), 19-24.
D'autres questions à explorer
- Comment orienter les choix de textes à proposer pour des cercles de lecture en classe en fonction des objectifs de formation ?
- Comment relever les défis associés à l’animation des cercles de lecture en contexte universitaire ?
Notice biographique
Andrée Lessard (Ph. D.) est professeure au Département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Son enseignement universitaire concerne principalement l’évaluation-intervention orthopédagogique en lecture-écriture. Ses intérêts de recherche portent sur des approches non conventionnelles d’enseignement et d’intervention en lecture-écriture auprès d’élèves avec ou sans difficultés d’apprentissage, plus particulièrement celles qui incluent l’enseignement-apprentissage de la musique. Elle s’intéresse également au développement des connaissances chez des futurs orthopédagogues en contexte de formation initiale en ce qui concerne la lecture-écriture et les fonctions exécutives. Finalement, elle s’intéresse à l’interdisciplinarité musique-lecture-écriture qui intègre la pédagogie Orff (Orff-Schulwerk).
Mentions de responsabilité
Cette capsule est une production de la Direction du soutien aux études et des bibliothèques (DSEB) en collaboration avec le Groupe d’intervention et d’innovation pédagogique (GRIIP)
Comité éditorial : Claude Boucher, François Guillemette, Alain Huot, Céline Leblanc et Chantal Roussel
Coordination : Karine Vieux-Fort
Rédaction : Andrée Lessard
Correction : Isabelle Brochu et Dominique Papin
Comment?
COMMENT S’Y PRENDRE ?
Bien qu’il existe de nombreuses démarches associées aux cercles de lecture, je me suis inspirée d’une pratique vécue en séminaire lorsque j’étais moi-même doctorante (merci Mme Dionne) afin d’instaurer cette pratique dans mes cours universitaires. Après avoir défini les objectifs d’apprentissage et choisi les textes à lire, la démarche proposée aux étudiants comporte trois grandes étapes :
1. Préparation des étudiants au cercle de lecture (hors classe) :
Exemple tiré d’un cours s’adressant à de futurs enseignants de français en adaptation scolaire :
Un étudiant «meneur» cite un passage de texte et le commente ou pose ses questions. Tous réagissent à tour de rôle dans l’équipe. Il peut y avoir des règles de prise de parole à respecter, au besoin (ex. : chaque personne a une minute pour réagir), ou alors chaque personne peut s’exprimer librement (dans un format de conversation). Le meneur doit cependant s’assurer que tous ont pris la parole, par exemple en questionnant une personne qui ne se serait pas exprimée encore.
2. Cercle de lecture en classe (sous-groupes de 5-6 personnes) :
3. Retour pour vérifier l’atteinte des objectifs d’apprentissage :
Plusieurs formats possibles :
Quelques précautions…
Afin de favoriser l’apprentissage des étudiants par l’intermédiaire des cercles de lecture, j’ai constaté qu’il était préférable de…
Plus particulièrement pour mes étudiants de 1er cycle universitaire, j’ai également constaté qu’il était préférable de…
Plusieurs apprentissages…
En m’intégrant aux sous-groupes de discussion des cercles de lecture, j’ai appris à mieux connaître les étudiants (leurs préoccupations professionnelles et leurs connaissances théoriques, pratiques, scientifiques). Cela m’a permis de créer des liens entre les différents cours de leur formation universitaire et de clarifier certains concepts appris et réutilisés.
Je remercie mes étudiants de l’automne 2016, à l’UQAC, qui ont pris le temps de réfléchir aux retombées de leur participation à des cercles de lecture dans mes cours. Ils ont dit qu’ils leur permettaient une motivation plus grande à lire les textes en leur donnant une intention de lecture, ce qui les orientait vers une lecture plus attentive. Ils ont apprécié les conflits cognitifs (par exemple, lorsque les représentations mentales et les connaissances antérieures des étudiants ne correspondaient pas aux nouveaux apprentissages ou aux faits présentés dans les textes) et le partage d’opinions qui les ont menés à mieux comprendre certains textes plus complexes et à mieux retenir les informations. Ils ont eu à clarifier leurs propos et à développer une vision allant au-delà du texte en établissant des liens entre la théorie et la pratique professionnelle. Finalement, ils leur auront permis de développer le réflexe d’appuyer leurs opinions par des arguments fondés sur la littérature scientifique et la théorie.